jeudi 13 septembre 2007

CINE : MIAMI VICE



Dans l’excellent Miami Vice de Michael Mann, la recherche du réalisme et de la tension dramatique se manifeste sous plusieurs formes : le choix du milieu criminel, la narration, les lieux, le filmage numérique et la rugosité de la violence.

LE CHOIX DU MILIEU CRIMINEL

Le solitaire, Manhunter, Heat, Collateral, et donc Miami Vice : tous ces films de Mann mettent en scène le milieu criminel. "Certaines choses sont "faites" pour le cinéma, d'autres non", expliquait le réalisateur en 2002 dans le n°28 de feu DVD Vision. "Le genre criminel est idéal parce qu'il permet aux conflits d'apparaître vite. On comprend tout en deux secondes, pourquoi untel et untel s'opposent. Par exemple, j'aurais pu traiter exactement les thèmes de Heat dans un tout autre contexte, comme celui de la pub, mais ça aurait été simplement ennuyeux. L'idée de Heat, ce n'est pas le film de genre, mais la création d'un monde très fantaisiste où la causalité opère de façon quasi immédiate, alors que dans nos vies il peut se passer des années avant qu'un de nos actes n'accouche d'une conséquence. Le film et le genre me permettaient de compresser la relation de cause à effet en un seul récit très resserré. Heat n'est pas vraiment un film de gangster, même si tous les personnages ont existé". De la même manière, Miami Vice pose très rapidement ses enjeux dramatiques : des flics, une mission qui tourne mal, des agents infiltrés démasqués, une nouvelle mission ultra risquée... En quelques minutes, une narration efficace et de brefs moments de violence installent une tension qui ne déclinera jamais, à de rares exceptions près...

LA NARRATION COMME EFFET REALISTE

L'exception majeure, c'est le chemin de traverse plutôt audacieux qu'emprunte le film au bout d’une heure environ. Colin Farrell invite Gong Li, la femme du grand caïd de la drogue qu'il doit arrêter, à prendre un verre. A toute vitesse, ils partent à La Havane dans un mini-bateau, dansent dans un club de jazz, boivent, s'étreignent toute la nuit et passent la journée chez elle. Aussi inattendue et déstabilisante (pour les personnages et le spectateur) que peut l'être une véritable rencontre, cette histoire d'amour, peut-être la plus belle racontée dans une superproduction américaine récente, perturbe le fil narratif du film pendant près d'un quart d'heure et introduit de nouveaux enjeux dramatiques : le partenariat financier entre les deux personnages et l'avenir incertain de leur couple. Une façon intelligente de produire un effet réaliste et de redoubler la pression émotionnelle.



DES LIEUX AUTHENTIQUES FILMES COMME JAMAIS

On sait qu'une caméra numérique haute définition avait déjà permis à Mann, dans son brillant Collateral, de transcrire à l'écran de manière inédite les atmosphères nocturnes de Los Angeles. C'est cette même caméra qui procure à Miami Vice son image crépusculaire, hyperréaliste, particulière et pénétrante. "Miami a un ciel et un climat très dramatiques", souligne le directeur de la photographie Dion Beebe dans l'un des très bons documentaires du DVD. "On a recherché cette définition sombre et profonde du ciel et des nuages. A certains moments du film, on a vraiment l'impression qu'on pourrait tendre les bras et les toucher". Capturés par la profondeur de champ colossale de la caméra (qui, selon Beebe, permet de filmer tout ce qui passe devant elle à partir de cinq centimètres de distance et jusqu'à l'horizon), la tempête et les orages violents qui ont agité le tournage n'ont fait qu'accentuer le caractère inquiétant, presque fantastique, des lieux. Pendant le film, parfois en plein milieu d'une scène de dialogue ou d'action, Mann saisit un ciel gris sombre ou rouge pâle, de grands éclairs en arrière-plan, des palmiers qui plient sous le vent... Une sensation de proximité avec la nature quasi "tactile" selon Mann.

L'ouverture à l'imprévu qu'induit le tournage en extérieurs accroît ainsi la texture visuelle et humaine de Miami Vice. Le film a été intégralement tourné dans des décors authentiques, où protagonistes et figurants évoluent à maintes reprises parmi une foule réelle. Une partie du film se déroule à Ciudad Del Este, "une zone à la frontière du Paraguay, du Brésil et de l'Argentine, unique au monde, très cosmopolite, où le commerce est libre, les prix non réglementés et où tout et n'importe quoi se vend", décrit Mann. Le soir, tout le monde jette par les fenêtres les emballages en polystyrène des marchandises. Le film n'explicite jamais ces détails mais le travail, souvent non perçu, que consacrent Mann et son équipe à la recherche de lieux extraordinaires accroît grandement la vérité et l'intensité du film.

UNE VIOLENCE SECHE

Pour Collateral, Tom Cruise avait appris à tuer au pistolet, au couteau et à mains nues. A l'écran, ses gestes effroyablement secs, précis, brutaux et professionnels bâtissaient le personnage de Vincent avec une saisissante crédibilité. De la même manière, les acteurs principaux de Miami Vice ont subi un entraînement de trois mois qui leur a enseigné comment manier une arme ou réagir lors d'une transaction entre dealers... Mann aborde avec une rigueur semblable les éclairs de violence qui parsèment le film. Lors d'une scène où des flics infiltrés sont découverts par la pègre et littéralement déchiquetés dans leur voiture par des tireurs d'élite, il place la caméra sur les sièges arrière et suggère, en deux plans terrifiants, les dégâts inconcevables générés par les balles de calibre 50. Au début du film, quand un informateur se suicide sous les roues d'un camion après avoir appris l'assassinat de sa famille entière, un plan très furtif accompagné d'un bruit sourd montre une traînée rouge derrière le véhicule qui s’éloigne. Très rapide, la scène laisse choqués et incrédules les deux héros autant que le spectateur. Jamais gratuits, ces quelques jaillissements de violence servent totalement la dramaturgie et dépeignent un univers où "les circonstances sont fatales", conclut Mann dans le DVD. "Je veux vous les faire vivre. Je veux que le public se mette dans la peau du personnage de Colin Farrell à chaque instant".

4 commentaires:

daner a dit…

C'est honteux môôôôôôsieur éponge, honteux d'écrire deux fois un aussi bon article ;)
Sinon ma PSP attend ton chèque et mon blog tes comentaires re ;)
Bon séjour et comme dirait un ami footeux dès qu'il pose le pied en Allemagne:"Mannschaft über alles!"

CJ_Nukem a dit…

"PSP" ? Tu vas enfin acheter une vraie console Pierre ? Ah ben ça fait plaisir ;)

Blog l'éponge a dit…

Ouais enfin c'est une bonne affaire et avec le remake de Valkyrie Profile en plus, soit le St-Graal des amateurs de RPG japs époque PlayStation ^^ J'en profiterai pour la gaver, avec ton aide, d'émulateurs et de films pour l'Allemagne.

CJ_Nukem a dit…

Oki, c'est cool, dès qu'on se voit, ça roule.