vendredi 11 janvier 2008

HAPPY FESTIVUS

Un matin de janvier, une chose rabougrie et jaunâtre s’échoue sur les pavés du Quai de Seine, suscitant les cris d’horreur de la foule. Et elle lève un doigt, le petit, pour montrer qu’elle vit encore et que c’est la claaaaaaa ! (1) Cette chose, c’est Blog l’Eponge. Il a passé soixante jours et soixante nuits à émettre des sons indistincts, voyager et s’enivrer avec la riche faune maritime qui l’entoure, pour tenter de se consoler d’avoir perdu l'écureuillette à scaphandre de ses rêves. Soixante jours et soixante nuits à ne surtout, surtout pas vouloir fêter Noël. Heureusement, Festivus est là.

Destinée à celles et ceux que les aspects commerciaux et religieux de Noël insupportent (2), Festivus est l’anti-25 décembre. A ces sapins dégueulasses habillés de guirlandes ignobles et de figurines difformes, Festivus substitue un poteau en aluminium autrement plus élégant et pérenne (voir photo). Aux repas si longs et niais qu’ils en déforment la structure même de l’espace-temps et du cortex, Festivus substitue un dîner mémorable où chaque participant balance aux autres ses reproches de l’année. Aux cadeaux pourris que tout le monde a envie de revendre ou jeter aux ordures avant même de les avoir ouverts, Festivus substitue les "épreuves de force", une série de combats de catch entre le chef de famille et des personnes de son choix.

Evidemment, Festivus n’existe pas. Enfin si. Mais non. Festivus, c’est d’abord une fête inventée par Frank Costanza, le père de George, l’un des héros de la sitcom Seinfeld. Qu’est-ce que Seinfeld ? Juste la plus grande série comique de la télé américaine, diffusée de 89 à 98. Pensez à une succession d’événements absurdes du quotidien qui finissent par s'entrechoquer pour produire un énorme événement absurde et vous aurez une bonne idée de la structure scénaristique des épisodes. Pensez à un "show about nothing", une série qui ne parle de rien en particulier et vous imaginerez les thèmes abordés : les aléas minuscules de la vie urbaine, boulot, amours, amitiés, voisinage... La majorité des idées débiles que contient la série sont d’ailleurs issues d’expériences vécues par ses créateurs… même Festivus, véritable fête familiale créée en 1966 par le père de Daniel O’Keefe, scénariste de l’épisode ! S’il n’existe pas de poteau de Festivus chez la famille O’Keefe, le repas et les épreuves de forces y sont bien respectés.

Encore plus fort : suite à l’engouement généré par l’épisode, par les sites web consacrés à la fête et par le bouche-à-oreille, un nombre croissant de personnes, notamment aux Etats-Unis, célèbrent Festivus chaque année (lire cet excellent article du New York Times). Au point qu’une entreprise fabrique et vend des… poteaux de Festivus ! Une démarche contraire à l’esprit non-consumériste de la fête, mais qui rappelle une chose : Seinfeld, plus qu’une série, est euh... un style de vie. Ou du moins, un regard décalé, détaché, non-sensique sur l’existence –et surtout sur celle, vaine et hilarante, de ses personnages timbrés. Vous avez insulté votre patron et démissionné sans motif valable ? Revenez en réunion le lendemain comme si de rien n’était. Tout se passe bien avec votre moitié mais vous craignez qu’elle se lasse un jour et vous voulez prendre l’ascendant sur elle ? Choisissez la « rupture préventive » : séparez-vous d’elle avant qu’elle ne le fasse ! Vous réalisez que votre vie est le contraire absolu de celle que vous auriez voulue ? Faites désormais le contraire absolu de ce que vous avez toujours fait jusqu’à présent. Autant de leçons de vie à appliquer… euh, ou pas.

(1) Si, à la lecture de cette phrase, votre œil droit tombe de son orbite pour signaler votre incompréhension, relisez la fin sans intérêt de cet ancien billet sans intérêt. Sinon, jouez au bilboquet avec votre oeil, c’est le jeu préféré des pauvres.

(2) Bien sûr, Festivus peut également plaire à celles et ceux dont les envies de fête sont coupées par une droite pétainiste et une "gauche" pleine de guillemets.

3 commentaires:

Gersende a dit…

Ah ben oui !
BEN OUI !

clap clap !

Anonyme a dit…

Si tu ne la connais pas déjà je te conseille la série Larry et son nombril, ou Curb your enthusiasm ( http://en.wikipedia.org/wiki/Curb_Your_Enthusiasm ), avec Larry David !
a+
Laurent/Jvbib.com

Blog l'éponge a dit…

Vivi je connais, j'en ai vu plusieurs épisodes... Un jour faudrait que j'achète les coffrets UK de la série. Pour celles et ceux qui ne comprendraient pas le rapport avec Seinfeld, Larry David est le cocréateur de la série et l'inspirateur de George...