jeudi 30 novembre 2006

CINE : LES INFILTRES



The Host et Casino Royale la semaine dernière, et maintenant Les Infiltrés : dingue de voir sortir trois films de genre aussi parfaits en aussi peu de temps. Lorsque j'ai appris que Scorsese allait tourner un remake du long métrage hongkongais Infernal Affairs, j'ai espéré un grand film - ce que n'était pas Infernal Affairs, malgré son excellent script. Son scénariste, Alan Mak, avait découvert le génial Volte/Face de John Woo * et décidé d'en créer une version dénuée d'éléments fantastiques : un flic infiltré dans la mafia et un mafieux infiltré chez les flics croisent leurs trajectoires. Malheureusement, une mise en scène vulgairement tape-à-l'oeil et des séquences au sentimentalisme grotesque (rappelant les pires Woo, justement) empêchaient Infernal Affairs de décoller.

En reprenant l'essentiel du scénario d'Infernal Affairs pour le transposer à Boston dans la communauté irlandaise, Les Infiltrés s'affirme dès ses premières secondes, et jusqu'à son mémorable dernier plan, comme une riche métaphore de l'Amérique voire de l'Occident, assimilé à un monde clos infesté de rats où "il faut prendre, car personne ne donne rien". Un monde construit sur les faux-semblants, la trahison, l'assassinat, dont on ne peut s'échapper qu'en mourant. Les Infiltrés, c'est surtout un film de genre d'une efficacité rare, nerveux à s'en tordre l'estomac, à la narration ultradense et au montage virtuose (les scènes d'installation !), un modèle d'écriture classique servi par des acteurs tous sidérants (Nicholson dans son plus grand rôle depuis des années, DiCaprio bouleversant), qui se régalent de dialogues mitraillette. Les quelques modifications apportées au scénario d'Infernal Affairs sont d'une impeccable pertinence, accroissant les enjeux dramatiques, la complexité des personnages et la résonance politique.

Baffe monumentale et imparable, Les Infiltrés donne plus que jamais confiance en un cinéma de genre haletant et intelligent. Merci à John Woo : grâce à son Volte/Face, c'est un bon film (Infernal Affairs) et un grand film (Les infiltrés) qui ont pu voir le jour.

* Ce qui m'oblige à parler de Volte/Face, sûrement le chef-d'oeuvre de Woo et l'une des plus importantes superproductions d'auteur américaines des années 90. Afin d'infiltrer le milieu du grand banditisme pour éviter un attentat, John Travolta subit une opération délirante : il prend l'apparence de son ennemi juré Nicolas Cage, tombé dans un coma profond. Mais quelques jours plus tard, Cage se réveille, écorché sans visage, et parvient à se faire greffer celui de Travolta. A partir de cette idée folle, Woo aborde puissamment, avec son habituel sens de la chorégraphie et du découpage, le thème du masque qui colle à la peau. Il en explore les aspects psychologiques, moraux, affectifs et même, parfois, sociaux et politiques. Il profite ainsi de l'inversion des rôles pour révéler les dessous du rêve américain, critiquant notamment le système carcéral dans un style expressionniste.

1 commentaire:

Anderton a dit…

Hasard de l'actu : un jeune homme qui vient de subir une greffe partielle du visage avait vu "Volte/Face" il y a longtemps et pensait que changer de visage était de la science-fiction. Pour plus d'infos : http://blogywoodland.blogspot.com/2007/01/volteface-de-la-science-fiction-la.html